Les portes du vortex de la naissance : ce monde entre deux

7 mois de vie dans mon corps. Soudainement, presque du jour au lendemain, sont apparus les insomnies, les douleurs, l'inconfort, les peurs et les doutes du troisièmes trimestre.


Photo par Margot Raymond

Je crois que l'installation de ta chambre, qui était alors notre bureau depuis le début du confinement, a réveillé une réalité encore endormie en moi : tu arrives.

Plus que 2 mois, peut-être même moins.

Le temps d'un souffle, d'un battement de cil, et nous serons parents.

Les 2 derniers mois du reste de ma vie - comme je la connais, comme je l'ai construite, façonnée, à mon image, à mon rythme, à ma couleur.

Devenue notre cocon, notre vie de jeune couple qui s'est harmonisée comme deux ruisseaux se rencontrent. Avec l'élan des choses naturelles.

Tu arrives. Et tu es déjà si vivant en moi.


Je commence à prendre conscience que je dors lorsque tu es prêt à dormir aussi. Lorsque tes mouvements et ton hoquet cessent. Que tu es positionné de la bonne façon pour que mon ventre ne tire pas.

Je commence à réaliser que nous sommes deux, et que ma vie est rythmée sur la tienne, comme l'inverse doit être vrai aussi - déjà.

Mes nuits ne sont plus complètes et pleines, déjà. Et mes journées plus tout à fait éveillées. Les siestes sont plus nombreuses qu'au premier trimestre, la fatigue quasi omniprésente.

Je rentre dans un autre espace-temps.

Une autre réalité de la réalité commune.

Une autre conscience. Celle qui flotte doucement dans une bulle lente, lourde, et qui me transporte vers un ailleurs immobile et tranquille.